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Spectacles à Genève (et alentours)      

 

à Genève

 

Création Minotaura:

"Minotaura... présente et prête à entrer dans la danse, elle va suivre le fil qui la conduira à ouvrir de multiples portes à l'intérieur de son labyrinthe, à tisser la toile de son cheminement.

Sur scène, un carré de trois mètres sur trois, labyrinthe implicitement délimité en neuf cases, donne le cadre permettant d'explorer toutes les dimensions et directions possibles dans la danse et la musique. La liberté est ainsi invitée à prendre place au cœur du labyrinthe, dans un espace minimal.

Minotaura... les yeux bien ouverts, un désir vibrant de vie et de terre s'incarne dans ses gestes. Elle est en lien avec les empreintes de ses pieds sur le sol, avec le monde animal qui la constitue et la ramène à la dimension humaine. Elle a commencé le voyage, celui du chemin de sa présence au monde. Elle va danser pour dire le rythme qui habite son cœur, les paysages qui se déploient dans l'espace infini du carré de son labyrinthe, jusqu'à parvenir à un retour à l'unité de la femme qu'elle devient dans une danse flamenca comme expression des divers paysages et temporalités traversés au cours de son parcours.

Témoignage de minotaura:

Le thème du minotaure m'est apparu de façon plus ou moins hasardeuse, émouvante et douloureuse à la fois, à l'occasion d'un voyage à Grenade, où je m'étais rendue pour assister à un colloque en hommage à ma directrice de thèse décédée quelques semaines auparavant. La douleur de son absence habitant mon cœur et mes yeux, je suis partie en car de Séville jusqu'à cette ville qu'elle aimait tant.

C'est ainsi que dans ce colloque, je pus assister à une conférence de la professeure Milagros Ezquerro, intitulé Un milenio de laberintos.

Je compris à travers une nouvelle lecture du mythe du Minotaure partant de la vision de Cortázar, qu'il ne m'était pas nécessaire de me sacrifier tel que l'avait fait le minotaure pour mettre fin à la malédiction du labyrinthe. J'ai ressenti une profonde empathie pour l'animal mythologique caché et reclus dans sa construction aux murs sans fin, et j'ai contemplé son portrait, mon visage baigné de larmes. M'approchant de cet animal qui selon la lecture poétique de Cortázar, loin d'être un monstre sanguinaire, n'était autre que la figure porteuse de la différence, j'ai une fois encore perçu le fil. Fil rouge d'une Ariane invisible, j'ai ouvert la porte du labyrinthe, prête à rencontrer la bête.

Cortázar a vu dans le minotaure la figure du poète marginalisé, prêt à prendre place dans le monde des hommes et à abandonner le destin d'une solitude aussi bien choisie que haïe. A la lumière de cette lecture, j'ai soudain vu apparaître un espace pluriel dans ce labyrinthe: l'espace de tous les possibles, à la racine du mouvement et de la danse, le lieu des chemins menant aussi bien aux émotions les plus déchirées, aux combats sanglants et à la peur du monstre, qu'à la douceur du vol d'une libellule, chassant toute illusion en chemin vers un horizon de conscience.

Ainsi, en toute simplicité, j'ai ouvert la porte permettant de sortir au-dehors du labyrinthe, et j'ai vu l'ébauche d'une nouvelle création. Le minotaure et la lecture de Cortázar m'ont inspirée la création d'un nouveau spectacle intimement lié au chemin de ma danse, entre

contemporain et flamenco, expression du parcours de mon appartenance au monde. J'explore le labyrinthe, parcourant dans la danse divers paysages de cet espace, et je dévoile dans mes pas les secrets qui habitent mon cœur. Puis, je m'éloigne des murs de la construction aux chemins multiples. Je sors au-dehors, renonçant à la difficulté du cheminement, jusqu'à finalement décider d'y entrer à nouveau, reprenant place dans l'espace du labyrinthe et retrouvant l'unité issue de ce parcours dans une danse por alegría.

Le thème du minotaure intègre la question de la solitude, de la frontière qui sépare l'artiste, le poète, de la société. Le labyrinthe abrite la vie secrète d'Asterion, son combat invisible au grand jour. Le minotaure va se sacrifier pour mettre fin à la malédiction du labyrinthe. Or, dans le labyrinthe, l'espace de ma danse, il me faut trouver la porte permettant de rejoindre le monde, la société des hommes.

Par la création de cette nouvelle pièce, j'entre ainsi peu à peu dans la construction du labyrinthe et à la découverte de ma minotaura; je sais qu'elle est là, et je veux la rencontrer, parce qu'elle a quelque chose à m'enseigner. Je peux me reconnaître dans son chemin de solitude, mais je peux aussi décider d'un autre destin, et faire un autre choix. Trouver une porte vers le monde, vers la société des hommes, à l'intérieur même de ce labyrinthe. Ainsi, ce combat est aussi bien individuel que politique, rejoignant l'universel.

La figure du labyrinthe représente l'espace de tous les chemins possibles, il abrite la voie de la liberté et de la créativité, la possibilité d'inventer un chemin. C'est l'image du processus artistique avec ses moments de doutes, d'errance, de vide, jusqu'à parvenir à tisser la toile d'une création, qu'il s'agisse aussi bien d'une danse, d'une musique, que d'une peinture ou d'un texte. Le labyrinthe est la métaphore du monde artistique, espace de l'exil ou de l'ailleurs qui permet de trouver le chemin de sa propre création, dans un parcours de l'imaginaire au monde des hommes. Le besoin de partager ce qui a été vécu et reçu dans l'espace du labyrinthe et l'offrir au regard du monde, est un partage en acte de présence, ultime passage nécessaire comme une porte ouverte vers l'autre.

Dans la nouvelle lecture du mythe du minotaure par Cortázar, le labyrinthe est un espace d'art, d'harmonie, de paix et d'amour, il est l'espace d'acceptation de la différence.

Le labyrinthe, sous l'apparence d'une prison, permet ainsi une infinité de chemins possibles, passant de l'imaginaire au réel, une fois la porte ouverte sur les directions multiples qu'il abrite.

La présence du rythme comme orientation de la pièce – le fil rouge dans l'espace de ce labyrinthe-, nous ramène à la pulsation du cœur comme expression intrinsèque à l'homme, depuis le premier battement qui exprime son entrée dans la vie et l'unit au monde des

vivants.

Le système vestibulaire, labyrinthe intérieur, parcours des parois du dedans, à l'écoute de mon espace interne, en lien avec l'espace extérieur

Le système vestibulaire est ce que l'on pourrait appeler le labyrinthe de l'oreille interne. Ce système se situe entre l'oreille et la mâchoire et est constitué de mini cristaux qui se déplacent grâce à des liquides présents dans le labyrinthe de l'oreille interne. Le système vestibulaire, ce labyrinthe de l'oreille interne permet le maintien de l'équilibre et donne la possibilité au corps de s'organiser de par les forces qui le traversent pour se situer dans l'espace, même les yeux fermés.

La chorégraphe et danseuse-interprète Sandra Vincent, me propose de partir de la conscience de l'oreille interne, du conduit de cet espace interne en lien avec l'extérieur, comme point de départ de l'exploration de mon labyrinthe, dans un premier travail de recherche à l'ébauche de ma prochaine création. Partir d'une dimension concrète, organique, pour rejoindre la profondeur de la thématique du labyrinthe. Je commence ainsi assise au sol, à l'écoute de mon labyrinthe interne, du système vestibulaire, comme façon d'initier le mouvement. Mille chemins de mon labyrinthe anatomique vont ainsi tisser la toile de la création de ma propre danse.

L'espace du labyrinthe

Au cœur du labyrinthe, se pose la question de la rencontre de cet autre: mais qui es-tu donc minotaure? Qui es-tu, toi qui réveille le chant de mes entrailles? Et que cherchai-je donc, moi, dans ce labyrinthe restreint qui se révèle être l'espace de tous les possibles?

A présent il est l'heure de commencer le voyage dans le labyrinthe, de dialoguer avec le monstre qui est tout aussi bien un protecteur, animal sacré et mythologique, aussi vieux que le monde et la terre des marins.

Le minotaure me ramène à la Grèce, et aux origines. Enfant, je souhaitais être archéologue, ce besoin de creuser, d'aller regarder au plus profond, au plus ancien, vers ce qui est caché. Enfin, je reviens à cet instant premier, ce désir d'analyser les signes, de jouer avec les dessins, peintures rupestres destinées à tapisser mes muscles, mes os, ma peau et à réveiller l'élan qui habite mon désir de mouvement et de danse.

Le labyrinthe, c'est donc bien cela: un retour à la Grèce antique, aux origines, à l'origine du langage, toile d'araignée comme symbole de la création, bobine de fils. Fil d'Ariane, tisserande imparable permettant aux hommes de trouver le chemin de la sortie, d'effectuer le passage du labyrinthe vers la société des hommes et de parvenir à l'expression de la liberté.

Dans l'espace du labyrinthe, j'explore les peurs et les désirs, mais aussi la présence de l'animal et des symboles qui constituent la part intime de tout être.

La terre est l'espace du minotaure, mi-homme et mi-animal, à l'image de la condition du danseur, partant de la dimension des pieds pour prendre l'élan de son envol. L'animal mythologique, par sa présence incarnée, donne preuve de son existence au monde.

Le passé est réveillé sous les pas du minotaure, pourtant, plus que quiconque, cet animal habite en temps présent et en pleine présence l'espace du labyrinthe. Il est là, visible, menaçant et admiré à la fois, dans la consistance de son existence.

La bata de cola et le mantón, une queue et des ailes, et bien plus encore...

Le mantón, comme un manteau qui me donne des ailes, il confère du poids à mes bras si fins. Il dessine la consistance de mon envol et m'ancre à la terre, représente l'espace aérien habité par la danse. Dans le mantón je me sens devenir une créature ailée qui n'oublie pas son appartenance à la terre, à sa féminité, acquérant une force menant bien au-delà des genres. Le mantón m'élève tout en me rappelant le besoin d'être présente au sol, soulignant la conscience de ma présence au monde. Sans cette attention, sans cette présence, l'accessoire perd son le dessin de son vol, se froisse, s'enroule et me fait trébucher; les ailes deviennent alors les chaînes des maillons qui condamnent mon corps à effectuer toutes sortes de mouvements de compensation, m'éloignant de mon centre. Maintenu dans mon axe, quel que soit l'angle des rotations, il est l'expression de ma force et de la beauté de la liberté.

Le mantón est aussi un drapeau brandi comme le cri silencieux de mon hymne, celui de ma présence au monde, en annonce d'un retour à terre. Il est enfin l'espace du jeu, prenant soudain la forme d'une queue d'animal, de grains que l'on sème aux oiseaux, du linge que l'on étend au soleil ou d'un chiffon qu'on se lance comme une balle.

Ce drapeau n'est pas celui des conquêtes et de la domination, mais celui du chemin effectué pour parvenir à la joie d'être là, à la célébration de la place prise dans l'espace de la danse.

Le mantón marque aussi le temps de la rencontre, la trace de ma quête, celle de sentir le poids de mes empreintes sur le sol. Plus qu'une trace, une sensation, une perception tangible, celle d'être présente et de partager le parcours de mon labyrinthe au confident de ce voyage.

Ainsi, dans le tableau suivant l'errance se transforme en chemin, l'espace aérien se dissipe et laisse place à la terre célébrée dans une danse tribale et préhistorique, incarnée dans les anches et les pieds nus creusant le sol, ouvrant le chemin d'un zapateado menant à la femme flamenca qui peu à peu apparaît dans son unité.

La bata de cola

Dans cette pièce, la bata de cola, elle aussi me ramène au monde animal, aux queues des reptiles et des créatures ancestrales. Elle me conduit vers une étape antérieure, le temps où les poumons avaient la forme de branchies, une étape sous-marine, comme une algue, une anémone, une fleur aquatique aux pétales inédits. Elle me conduit à la féminité, une féminité empreinte de la force des montagnes: séisme aussi bien dans la douceur de la fleur qui s'ouvre que dans un tremblement de terre que l'érotisme embrasse.

La bata de cola est l'espace de l'intime qui se donne à voir secrètement, c'est aussi le monde de ce qui est caché et s'éclaire à l'aube ou au crépuscule. Rouge comme le fil qui dessine le cheminement dans l'espace du labyrinthe. Déambulation sacrée comme le voyage d'un être vers un retour, vers le partage de la joie d'être là. "  Alba Lucera

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